Oser l'échec

La vérité n’est jamais qu’une erreur rectifiée (G.Bachelard).

A la suite du proverbe bien connu, on peut citer Saint Augustin: l’erreur est humaine, la reproduire est diabolique.

Quand nous pensons que tout dépend de nous, nous pensons soumettre le réel, or le réel résiste le plus souvent. Charles Pépin nous propose de changer de regard sur nos échecs. 

Descartes et Kant sont du côté de ceux qui pensent que « l’erreur dépend de notre volonté. Nous échouons lorsque nous ne savons pas écouter notre raison ». Nos erreurs sont imputables à un mauvais usage de notre volonté. Nos fautes, selon Kant, s’expriment par une faiblesse de notre raison. Impossible dans ces deux cas de ne pas culpabiliser. 

Nous sommes loin de la sagesse de Lao-Tseu affirmant que « l’échec est au fondement de la réussite ». « A l’origine de toutes les belles réussites, on trouve une prise de risque. Oser c’est d’abord oser l’échec. »

Selon Charles Pépin, comprendre la différence entre la décision et le choix peut nous aider à mieux supporter l’angoisse associée à la prise de risque. Cette angoisse que nous éprouvons au moment de trancher est normale. Mieux elle est le signe que nous avons un pouvoir sur le monde et que nous éprouvons notre liberté. L’angoisse  qui nous saisit, en fait c’est notre liberté qui nous effraie.

On le pressent : l’échec a un lien avec la joie. Peut-être pas avec le bonheur…Le bonheur implique une forme de sérénité, la joie st plus brutale , parfois irrationnelle…Joie et échec se révèlent ainsi philosophiquement liés: l’un comme l’autre sont une expérience du réel.

« L’homme est le seul animal dont l’action soit mal assurée, qui hésite et tâtonne », dit Henri Bergson suivi par Fichte pour qui “tous les animaux sont achevés et parfaits, l’homme est seulement indiqué, esquissé…Rousseau voit dans cette perfectibilité le propre de l’humain. 

Nous sommes des animaux ratés et des machines qui ne marchent pas. Nos échecs le prouvent. Ainsi compris, ils nous confirment à chaque fois combien nous sommes libres. 

Dans notre relation à notre désir nous éprouvons qu’il y a en nous un manque impossible à combler… les autres animaux n’ont que des besoins. …Notre désir est insatiable. Grâce à ce manque, grâce à l’échec répété de notre désir à se satisfaire, nous restons audacieux, inquiets, curieux, bref humains. Desiderare voulait dire, pour les augures romains, regretter l’absence de l’astre, du signe favorable de la destinée: rechercher l’astre perdu. Deux conceptions de la sagesse de l’échec s’affrontent: dans le premier cas, la sagesse de l’échec est existentielle: échouer c’est se demander ce que nous pouvons devenir. Dans le second elle est psychanalytique, c’est  se demander qui nous sommes. On peut tenter une liaison entre les deux en adoptant la formule de Nietzche : Deviens ce que tu es. 

En conclusion: une seule sagesse de l’échec: celle qui nous ouvre à notre liberté au coeur même des limites.

Charles Pépin. Les vertus de l’échec. Ed Allary 

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