La sobriété ne passera pas par moi…

On peut continuer à philosopher en ses temps incertains. La sobriété est au cœur de beaucoup de débats. 
Il semble que le terme même amène beaucoup d’allergies comme s’il était porteur de contraintes inacceptables, après que nous ayons déjà dû subir bien des privations entre autres de libertés) en ces années de Covid-19.

Rien que le strict nécessaire est difficile à envisager, mais savoir qu’on ne pourra plus dépasser les limites est encore plus douloureux. On traîne dans les zones contingentes aux addictions. 

S’en tenir au simple contenant peut être vécu comme mortifère alors que l’excçès peut être envisagé comme l’expression de la puissance de vie. 

Aristote l’affirmait déjà : « Il n’y a qu’un seul principe moteur, c’est la faculté désirante » (De l’âme). De même, Spinoza : « Le désir est l’essence même de l’homme en tant qu’on la conçoit comme déterminée, par suite d’une quelconque affection d’elle-même à faire quelque chose » (Éthique).

On ne peut s’intéresser à la faculté désirante sans questionner la recherche de satisfaction ( et du plaisir) et la frustration qui l’accompagne. 
Nous l’avons expérimenté et continuons, sans cesse, à le rencontrer, le désir porte en lui sa limite. A lui de ne pas la rencontrer s’il veut persister. Une fois la limite atteinte, il disparait. Et le cycle peut recommencer. Tous les acteurs du système de la société de consommation l’ont bien compris et encouragé . 

Comment, dès lors, accepter la modération et la vivre comme un plaisir ? Sans support extérieur (politique, culturel et social), cela parait bien difficile. Mais qui va enclencher le mouvement pour les autres ? Les différentes réunions du COP ne remplissent guère d’optimisme à ce sujet.

Le philosophe Pierre Charbonnier l’a montré dans son essai Abondance et Liberté (La Découverte, 2020) : l’abondance a été l’horizon implicite mais fondamental des démocraties, promettant aux individus et aux classes sociales que leur autonomie politique se conjuguerait avec la prospérité matérielle de tous. Comment imaginer que l’égalité et la liberté démocratique puissent continuer à fonctionner si elles ne sont plus alimentées par le flux de l’abondance ? Pour Pierre Charbonnier, le « découplage » qu’il faut réaliser entre la liberté et l’abondance « ne peut se réduire à un retour à la tempérance des désirs et de la non- appropriation du monde ». Il passe par une articulation plus réfléchie entre les interdépendances qui tiennent ensemble les éléments de la Terre et celles qui tiennent ensemble les membres de la société. Mais, il en convient, cela implique de repenser toutes les catégories de la politique et de l’économie, de l’idée de classe sociale à celles de prospérité et de souveraineté.

Source: Philosophies magazine 163

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